18 minutes
Résumé :
C’est un lieu que de nombreux amoureux des animaux connaissent : La Tanière, un zoo-refuge situé à Nogent-le-Phaye (Eure-et-Loir), s’est bâti une solide réputation sur les réseaux sociaux grâce à ses sauvetages d’animaux issus de laboratoires, de cirques ou de maltraitance. Mais derrière cette image positive, une autre réalité nous a été racontée, bien plus sombre.
Depuis 2021, date de l’arrivée de Sébastien Muller en tant que responsable zoologique, de nombreux employés dénoncent un "management tyrannique", basé sur les menaces, l’humiliation, les pressions psychologiques et un climat de peur constant. Une personne employée au sein de la structure témoigne : "J'ai vu tellement de gens en souffrance qu'il faut qu'à un moment les choses cessent." Une ancienne soigneuse témoigne : "À la base, on vient à La Tanière pour sauver des animaux venus de maltraitance pour beaucoup. Une fois qu'on est dedans, on en ressort traumatisé."
Le 8 septembre 2024, vingt soigneurs ont adressé une lettre collective aux fondateurs de La Tanière, Patrick et Francine Violas. Le document, consulté par Vakita, évoque du harcèlement moral à répétition, un mal-être profond, et alerte sur les risques que ce climat fait peser sur les animaux et les visiteurs.
Six plaintes ont également été déposées contre Sébastien Muller. Ce dernier doit d'ailleurs être convoqué fin septembre devant le tribunal correctionnel de Chartres pour répondre de faits de harcèlement moral au travail. Une information confirmée par le parquet du tribunal correctionnel de Chartres à Vakita. Depuis ces alertes et ces plaintes, le responsable zoologique occupe toujours son poste. Il reste présumé innocent et n’a pas répondu à nos sollicitations.
De son côté, le directeur du zoo-refuge, Patrick Violas, admet simplement "des difficultés" entre les membres de son personnel, et assure avoir pris depuis "toutes les mesures nécessaires pour que cela ne se reproduise plus" et qu’il n’y a, depuis, "plus aucun problème". Le 16 juillet 2025 pourtant, un nouveau document signé par une quinzaine de membres du personnel soignant et transmis à Vakita dénonce une dégradation qui serait persistante au sein du parc : conditions de travail inacceptables, hébergements jugés indignes pour certains animaux, décès d’animaux qu'ils jugent traumatisants...
D'autres éléments, comme la gestion des déchets au sein du parc, posent également question. Sur des images récupérées par Vakita, on peut voir des déchets brûlés à ciel ouvert dans l’enceinte du parc. Sur ce point, Patrick Violas assure être en règle auprès des autorités.
Mais le 20 février 2025, une inspection du Service Santé, Protection Animales et Environnement Nature de la préfecture d'Eure-et-Loir a mis en demeure le parc pour sa "gestion non-conforme des déchets", en partie à cause de leur brûlage dans son enceinte. Patrick Violas explique que ceux-ci partent aujourd'hui dans un composteur et dans des bennes spécifiquement prévues à cet effet.
Sollicité à plusieurs reprises dans le cadre de cette enquête, Patrick Violas, cofondateur du zoo-refuge La Tanière, a adressé deux réponses écrites à Vakita, dans lesquelles il réfute en bloc les accusations portées contre l’établissement.
Climat social :
Patrick Violas affirme avoir pris les premières alertes internes au sérieux dès septembre 2024. Il dit avoir réagi en 48 heures en organisant une réunion collective avec les soigneurs et Sébastien Muller, au cours de laquelle ce dernier aurait présenté ses excuses. P. Violas assure que des mesures ont été prises immédiatement, et qu’aucun incident n’a été signalé depuis. Il dit n’avoir eu connaissance des plaintes pénales que six mois plus tard.
Patrick Violas conteste catégoriquement l’existence d’un mal-être persistant d’une partie du personnel soignant de La Tanière. Selon lui, “aucun problème de climat social ne lui a été remonté” dernièrement.
Décès d'animaux sur son parc :
Patrick Violas rejette toute maltraitance ou de négligence sur ses animaux. Il invoque les dizaines de sauvetages opérés depuis l’ouverture du refuge, et estime que les décès pointés dans cette enquête sont marginaux au regard des 4 500 animaux pris en charge.
Mort d'un alpaga après l'attaque d'un chien Patou : P. Violas confirme qu’un Patou s’est bien échappé d'un de ses enclos et a attaqué un alpaga du parc, qui décèdera quelques jours après d'une crise cardique. Il évoque un accident regrettable mais imprévisible.
Mort d’une femelle caracal : P. Violas reconnaît le décès d'une caracal attaquée par un serval, alors qu’elle était en chaleur. Ce dernier affirme qu’un tel incident "peut survenir dans la nature" et insiste sur la taille "très vaste" de l’enclos.
Mort d'une conure pendue dans une volière : P. Violas évoque là aussi un "incident" pouvant "malheureusement arriver dans une volière".
Euthanasie d’une jument après une mise bas compliquée : P. Violas confirme qu'une jument a bien été euthanasiée par un vétérinaire externe au parc en avril dernier. "C’est ce vétérinaire spécialisé équin qui a pris la décision d’euthanasier la jument [...] il n’y avait aucune autre solution."
Bassin défectueux entraînant des souffrances sur les otaries :
P. Violas reconnaît des problèmes techniques dans les bassins des otaries, notamment sur le système de filtration ainsi que sur les peintures et résines du bassin. Il explique qu’une procédure judiciaire est en cours avec ses équipementiers pour que ces dysfonctionnements soient réparés. En attendant de mener les travaux de réfection, les otaries sont maintenues dans un bassin d’eau salée, avec renouvellement d’eau tous les 8-10 jours, selon lui.
Gestion des déchets :
M. Violas reconnaît avoir brûlé du foin, des débris de bois, et “trois de plastique” sur son parc. Sur l’incinération du bois et du foin, il assure être en règle et avoir informé “à chacun de ces feux les autorités compétentes pour prévenir tout éventuel problème.” Aujourd’hui, P. Violas assure que ses déchets partent aujourd'hui dans un composteur et dans des bennes spécifiquement prévues à cet effet.
L'équipe :
18 minutes
Résumé :
C’est un lieu que de nombreux amoureux des animaux connaissent : La Tanière, un zoo-refuge situé à Nogent-le-Phaye (Eure-et-Loir), s’est bâti une solide réputation sur les réseaux sociaux grâce à ses sauvetages d’animaux issus de laboratoires, de cirques ou de maltraitance. Mais derrière cette image positive, une autre réalité nous a été racontée, bien plus sombre.
Depuis 2021, date de l’arrivée de Sébastien Muller en tant que responsable zoologique, de nombreux employés dénoncent un "management tyrannique", basé sur les menaces, l’humiliation, les pressions psychologiques et un climat de peur constant. Une personne employée au sein de la structure témoigne : "J'ai vu tellement de gens en souffrance qu'il faut qu'à un moment les choses cessent." Une ancienne soigneuse témoigne : "À la base, on vient à La Tanière pour sauver des animaux venus de maltraitance pour beaucoup. Une fois qu'on est dedans, on en ressort traumatisé."
Le 8 septembre 2024, vingt soigneurs ont adressé une lettre collective aux fondateurs de La Tanière, Patrick et Francine Violas. Le document, consulté par Vakita, évoque du harcèlement moral à répétition, un mal-être profond, et alerte sur les risques que ce climat fait peser sur les animaux et les visiteurs.
Six plaintes ont également été déposées contre Sébastien Muller. Ce dernier doit d'ailleurs être convoqué fin septembre devant le tribunal correctionnel de Chartres pour répondre de faits de harcèlement moral au travail. Une information confirmée par le parquet du tribunal correctionnel de Chartres à Vakita. Depuis ces alertes et ces plaintes, le responsable zoologique occupe toujours son poste. Il reste présumé innocent et n’a pas répondu à nos sollicitations.
De son côté, le directeur du zoo-refuge, Patrick Violas, admet simplement "des difficultés" entre les membres de son personnel, et assure avoir pris depuis "toutes les mesures nécessaires pour que cela ne se reproduise plus" et qu’il n’y a, depuis, "plus aucun problème". Le 16 juillet 2025 pourtant, un nouveau document signé par une quinzaine de membres du personnel soignant et transmis à Vakita dénonce une dégradation qui serait persistante au sein du parc : conditions de travail inacceptables, hébergements jugés indignes pour certains animaux, décès d’animaux qu'ils jugent traumatisants...
D'autres éléments, comme la gestion des déchets au sein du parc, posent également question. Sur des images récupérées par Vakita, on peut voir des déchets brûlés à ciel ouvert dans l’enceinte du parc. Sur ce point, Patrick Violas assure être en règle auprès des autorités.
Mais le 20 février 2025, une inspection du Service Santé, Protection Animales et Environnement Nature de la préfecture d'Eure-et-Loir a mis en demeure le parc pour sa "gestion non-conforme des déchets", en partie à cause de leur brûlage dans son enceinte. Patrick Violas explique que ceux-ci partent aujourd'hui dans un composteur et dans des bennes spécifiquement prévues à cet effet.
Sollicité à plusieurs reprises dans le cadre de cette enquête, Patrick Violas, cofondateur du zoo-refuge La Tanière, a adressé deux réponses écrites à Vakita, dans lesquelles il réfute en bloc les accusations portées contre l’établissement.
Climat social :
Patrick Violas affirme avoir pris les premières alertes internes au sérieux dès septembre 2024. Il dit avoir réagi en 48 heures en organisant une réunion collective avec les soigneurs et Sébastien Muller, au cours de laquelle ce dernier aurait présenté ses excuses. P. Violas assure que des mesures ont été prises immédiatement, et qu’aucun incident n’a été signalé depuis. Il dit n’avoir eu connaissance des plaintes pénales que six mois plus tard.
Patrick Violas conteste catégoriquement l’existence d’un mal-être persistant d’une partie du personnel soignant de La Tanière. Selon lui, “aucun problème de climat social ne lui a été remonté” dernièrement.
Décès d'animaux sur son parc :
Patrick Violas rejette toute maltraitance ou de négligence sur ses animaux. Il invoque les dizaines de sauvetages opérés depuis l’ouverture du refuge, et estime que les décès pointés dans cette enquête sont marginaux au regard des 4 500 animaux pris en charge.
Mort d'un alpaga après l'attaque d'un chien Patou : P. Violas confirme qu’un Patou s’est bien échappé d'un de ses enclos et a attaqué un alpaga du parc, qui décèdera quelques jours après d'une crise cardique. Il évoque un accident regrettable mais imprévisible.
Mort d’une femelle caracal : P. Violas reconnaît le décès d'une caracal attaquée par un serval, alors qu’elle était en chaleur. Ce dernier affirme qu’un tel incident "peut survenir dans la nature" et insiste sur la taille "très vaste" de l’enclos.
Mort d'une conure pendue dans une volière : P. Violas évoque là aussi un "incident" pouvant "malheureusement arriver dans une volière".
Euthanasie d’une jument après une mise bas compliquée : P. Violas confirme qu'une jument a bien été euthanasiée par un vétérinaire externe au parc en avril dernier. "C’est ce vétérinaire spécialisé équin qui a pris la décision d’euthanasier la jument [...] il n’y avait aucune autre solution."
Bassin défectueux entraînant des souffrances sur les otaries :
P. Violas reconnaît des problèmes techniques dans les bassins des otaries, notamment sur le système de filtration ainsi que sur les peintures et résines du bassin. Il explique qu’une procédure judiciaire est en cours avec ses équipementiers pour que ces dysfonctionnements soient réparés. En attendant de mener les travaux de réfection, les otaries sont maintenues dans un bassin d’eau salée, avec renouvellement d’eau tous les 8-10 jours, selon lui.
Gestion des déchets :
M. Violas reconnaît avoir brûlé du foin, des débris de bois, et “trois de plastique” sur son parc. Sur l’incinération du bois et du foin, il assure être en règle et avoir informé “à chacun de ces feux les autorités compétentes pour prévenir tout éventuel problème.” Aujourd’hui, P. Violas assure que ses déchets partent aujourd'hui dans un composteur et dans des bennes spécifiquement prévues à cet effet.
L'équipe :